De la nécessité du fact checking
Avec la surabondance d’informations sur les réseaux sociaux, nous sommes facilement pris au piège de l’incompréhension de ce qu’est le vrai. Le danger survient lorsqu’il y a confusion entre le retentissement d’une nouvelle avec sa véracité.
Les fake news exploitent précisément cette confusion. Et cette tendance est plus grave quand on sait qu’avec la multiplication des médias en ligne, qui manquent souvent d’encadrement de qualités, on arrive jeunes reporters très fragiles et exposés.
Dans ces sites, quand on est pressé par le besoin de faire ses preuves, la tentation est grande de relayer immédiatement les nouvelles, afin de rester dans la course, de ne pas se faire dépasser par la concurrence. Parce-que c’est généralement des médias qui vivent des cliques. Sans recul, sans analyse, sans vérification préalable, on peut propager une information erronée, voire mal intentionnée. Et tout ça met en péril la crédibilité. On a vu plusieurs communiqués du CORED ( Le Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les médias) dans ce sens.
C’est donc là que se joue la bataille du journalisme à l’ère numérique. La vitesse ne doit jamais supplanter la vérité. Le journaliste doit, comme le préconise Attali, se faire l’artisan patient du vrai, en s’appuyant sur les faits, les chiffres, et les preuves irréfutables. En acceptant de prendre le temps de vérifier, il devient non seulement un témoin fidèle, mais aussi un rempart contre la désinformation qui menace de fausser le débat public.
Il y a donc un vrai besoin de fact-checker. Il y a des actions dans ce sens mais elles ne sont pas nombreuses. Et Hélas, pour le moment, je n’ai pas vu d’initiative de fact-checking des grands médias sénégalais, à part le soleil check qui est tout récent en 2024.
Qu’il ait peu d’initiatives de fact checking dans nos médias est problématique. Le fact-checking est certainement le seul genre journalistique que l’on laissera aux journalistes sérieux, aux rédactions qui se respectent.
Le fact-checking est devenu un outil, que presque partout on trouve efficace, dans la lutte contre la désinformation, notamment lors des débats politiques où les déclarations sont couramment faites à la volée.
Aux États-Unis, cette pratique s’est développée avec des personnalités comme Donald Trump, dont les affirmations sont fréquemment remises en question en temps réel par des journalistes.
Lors des campagnes présidentielles de 2024, il n’était pas rare de voir les médias diffuser des corrections en direct après des déclarations inexactes du candidat. Pour exemple, au cours d’un débat de la campagne présidentielle entre Donald Trump et Kamala Harris sur « ABC », Lindsey Davis, journaliste qui a co-modéré le débat corrige Trump en direct :
(There is No state in this country where it is legal to kill a baby after it’s born).
« Il n’existe aucun Etat dans ce pays où il est légal de tuer un bébé après sa naissance ».
Voilà ce qui montre bien l’évolution du rôle du journaliste à l’ère numérique. Il ne s’agit plus seulement de rapporter des faits après coup, mais d’agir de façon réfléchie et vigilante, même dans l’effervescence d’un débat.
Le journalisme doit s’adapter à une nouvelle dynamique où le public, hyperconnecté, peut être exposé à des informations fausses ou trompeuses en temps réel. Cela pose une exigence supplémentaire et c’est celle d’un fact-checking rigoureux et immédiat. J’ai hâte de voir de telles scènes au Sénégal.
Abdoulaye Wade





