6 May 2026

Adresse

Yeumbeul,Dakar
Senegal

Phone Number

+221763061201

Email Address

einfoscom@gmail.com

monologue075@gmail.com

Office Address

Yeumbeul
Dakar, Senegal

Phone Number

+221763061201

Email Address

einfoscom@gmail.com

monologue075@gmail.com

Non classé

Éditorial  : À qui appartiennent les ressources naturelles ?

Éditorial  : À qui appartiennent les ressources naturelles ?

À Mboro et Darou Khoudoss, les quelques discussions spontanées avec des habitants révèlent un mépris de tout ce qui renvoie au texte. Certains ignorent l’existence du code minier par exemple et ne s’intéressent pas à ce que dit la Constitution sur les ressources naturelles.

« Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie », peut-on pourtant lire dans l’article 25-1 alinéa 1 de la Constitution du Sénégal.

Améliorer les conditions de vie du peuple est très clair. Ces termes ne comportent aucune ambiguïté. Se loger, se nourrir et accéder à l’eau potable, se former avec une offre éducative performante, bénéficier de structures fonctionnelles et accessibles, se sentir en sécurité, voici des points essentiels quand on parle de besoins sociaux de base. Améliorer les conditions d’existence d’une population qui peine à accéder aux services minimes est une prétention qui saute les étapes.

Selon les critères du Fond monétaire international (FMI), le Sénégal peut être considéré comme un pays riche en ressources naturelles car le secteur extractif représente plus de 25 % des exportations.

Le Sénégal est-il riche en ressources naturelles ? Affirmatif. Le peuple tire suffisamment profit de ses ressources. Il ne faut peut-être pas le dire à Mboro ou à Darou Khoudoss.

Ces localités sont assimilables à des bougies, avec des températures de fusion très élevées. Elles enrichissent des Sénégalais et des Indiens des Industries Chimiques du Sénégal. Néanmoins, elles voient leur environnement se dégrader progressivement et leurs champs agressés. Leurs espaces de cultures réduits et la population tousse à cause du soufre qui est néfaste pour leur santé.

Parmi les ressources naturelles dont dispose le Sénégal, les ressources minières occupent une place de choix. Le sous-sol sénégalais recèle une grande variété de richesses minérales : fer, or, cuivre, tourbe, cuivre, chrome, phosphates d’alumine, argiles céramiques. D’autres potentialités existent également même si elles sont peu connues : pierres ornementales (marbre, granite etc.), sables lourds (ilménite, zircon, rutile), sables extra siliceux (sable de verrerie), terres à diatomées, sel gemme, etc.

Dans une « fiche d’opportunité sectorielle » consacrée aux mines de l’Apix (Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux), il est indiqué que « le Sénégal a été un des principaux producteurs de phosphate dans le monde, avec l’exploitation des grands gisements de phosphates de chaux de Taïba, dans la région de Thiès». L’Apix est une agence sénégalaise chargée de promouvoir les investissements et faciliter la mise en œuvre de grands projets d’infrastructures.

Dans cette fiche, une précision importante est apportée concernant les phosphates : «l’exploitation des gisements à travers le pays dont les réserves sont évaluées entre 500 millions et 1 milliard de tonnes place le Sénégal parmi les dix premiers pays producteurs de phosphates au niveau mondial».

Le Sénégal se prévaut d’un important potentiel minier mais seuls les phosphates et leurs dérivés (acides et engrais), les matériaux de construction (brique de pierre, ciment, argile, granulats, gypse, sable et gravier) ont jusqu’à présent dominé le secteur.

Il est vrai que le Gouvernement a mis en place des mesures incitatives permettant le développement du secteur minier, pour le rendre générateur de richesses. Le nouveau code minier adopté en 2016 est considéré par des spécialistes du secteur minier comme l’aboutissement du processus de réforme fiscale du secteur minier sénégalais. L’exposé des motifs de ce nouveau code reconnaît que « l’orientation incitative du code de 2003, marquée notamment par le champ étendu des exonérations, n’a pas favorisé une répartition équitable des revenus entre l’investisseur et l’État ».

Maintenant que la répartition est « équitable », où est le peuple ? Qu’en est-il de ses intérêts ?

Les entreprises minières apportent beaucoup aux caisses de l’État notamment avec la fiscalité. En plus, il y a des fonds consacrés aux collectivités territoriales avec le code minier de 2016. Il ne faut pas aussi méconnaître les actions louables des entreprises d’exploitation dans le cadre de la RSE (responsabilité sociétale d’entreprise).

En ce qui concerne les Industries chimiques du Sénégal, les fonds d’appui aux collectivités territoriales ainsi que les fonds de péréquation mentionnés dans le code minier n’existent que sur les papiers. Les autorités locales crient au désespoir sans gain de cause.

Les actions qu’elles mènent en matière de RSE ne riment pas avec les besoins spécifiques des collectivités locales impactées. C’est souvent comme offrir des lunettes de myopie à un hypermétrope.

Les entreprises d’exploitation font dans une opacité anormale malgré l’adhésion du Sénégal aux normes de l’ITIE (Initiative pour la transparence dans le secteur extractif) et les combats de la société civile pour rendre les entreprises d’exploitation plus ouvertes et la gestion des ressources plus transparente.

Tous ces efforts visent à rendre effective la possession encore théorique des ressources naturelles par le peuple. Mais jusqu’à présent, les conditions de vie dans les zones d’exploitation sont précaires. Et des couches vulnérables telles que les femmes et les enfants subissent de plein fouet l’implantation de ces entreprises.

S’il est vrai que «les ressources naturelles appartiennent au peuple », il est temps que ce dernier tire profit de ce qui lui revient de droit. Ou au moins, qu’il ne subisse pas les dommages comme c’est le cas à Mboro et Darou Khoudoss.

Reportage : Le soufre qui fait souffrir

Les industries chimiques du Sénégal (ICS ) produisent principalement du phosphate, de l’acide phosphorique et de l’engrais. Sur le site de Darou Khoudoss, non loin de Mboro l’entreprise produit de l’acide sulfurique, à partir du soufre et de l’acide phosphorique à partir du phosphate. Les populations déplorent le soufre qui est très souvent déversé sur la route par les camions de l’usine. 

La gare de Mboro est un site assez spacieux mais qui semble encombré.

On y aperçoit des véhicules qui mènent vers différentes destinations.

Une petite table sert de bureau aux gérants chargés de contrôler et réguler les départs, sous un hangar qui ne peut visiblement pas abriter toutes les voitures sur les lieux.

«Les ICS ne nous servent absolument rien et nous fatiguent avec des accidents. Leurs camions qui transportent l’acide passent ici devant nous. On ne peut même plus respirer correctement », se plaint Penda Dieng, commerçante à la gare de Mboro.

L’étal de Penda Dieng se trouve juste à l’entrée. La dame dit être née à Mboro où elle a fait l’école jusqu’en classe de CM2, en 1993.

Penda s’active dans la vente de fruits à la gare de Mboro. «Nous vivons un vrai calvaire à cause de l’acide. On n’y peut rien. On vit avec jusqu’à ce que ça s’évapore carrément ou se mélange à la poussière», ajoute-t-elle en baissant les bras pour marquer son désespoir.

Gare routière de Mboro avec les véhicules qui assurent le transport vers d’autres localités et la liaison interurbaine.

Aujourd’hui, les ICS ont un poids important dans l’économie du Sénégal depuis la reprise de l’usine par les Indiens de Indorama en 2014. Mais ce succès économique ne semble concerner que l’entreprise, à cause de la pollution qui freine l’activité économique de nombreux habitants.

«Il y a beaucoup de manquements pour que nous puissions sentir les retombées en termes d’infrastructures, de santé… À Mboro, on a beaucoup de problèmes alors que les usines sont là», se plaint Adama Thiam.

La cinquantaine, Adame estime que les ICS implantées dans leurs zones impactent négativement les activités économiques des populations riveraines.

Dans la boutique de vente de produits cosmétiques en face de la gendarmerie de Mboro où iI nous reçoit, Adama raconte avoir travaillé aux ICS de 1992 à 2010.

«J’ai arrêté pour me concentrer sur mon propre business», ajoute-t-il avant d’expliquer que «des conditions de sécurité inadaptées et un paiement qui n’est pas consistant» l’ont poussé à abandonner son boulot aux ICS.

«Nous sommes morts depuis longtemps»

D’un air taquin, Adama se souvient des propos qu’il tenait à l’arrivée de la pandémie de Covid-19. «Je disais que puisqu’on échappe de belle manière au soufre que nous inhalons quotidiennement, pour la covid, nous sommes asymptomatique. Nous sommes morts depuis longtemps à cause du soufre», lance-t-il.

Trouvé en pleine discussion dans une boucherie qui longe la route qui mène à l’usine, Amadou Ba ne cache pas son amertume. «Tous ceux que je connais et qui travaillaient aux ICS, nombreux d’entre eux sont décédés. Le peu qui sont vivants, ne sont pas en bonne santé», dit-il.

«Avant l’implantation des ICS, on se déplaçait avec notre bétail qu’on laissait paître tranquillement», se souvient-il. «Depuis l’implantation des ICS ici, il n y a même plus d’herbes» regrette-t-il.

Photo publiée sur Facebook par la plateforme Mboro SOS.

Le doigt pointé vers un camion qui passait juste au moment où il parlait, l’ancien émigré hausse le ton «Déjà vous voyez ces camions là qui passent. Nous les asthmatiques dès qu’ils passent, bonjour les problèmes».

Le plus dangereux selon le vieux Amadou, visiblement affecté par la chaleur, c’est les camions qui «passent par la route principale». «Nous sénégalais notre problème est qu’on arrête pas un délit au moment opportun. C’était le cas avec le bateau le Joola», argue-t-il.

Les camions des Industries chimiques du Sénégal déversent souvent de façon accidentelle le soufre sur la voie publique.

Les habitants et passants ont-ils raison de s’inquiéter pour leur santé ?

À Mboro comme à Darou Khoudoss, l’air change progressivement selon qu’on s’approche de l’usine.

La présence du soufre dans ces lieux est perceptible de loin, avec l’odeur qui se dégage.

Le soufre solide stocké en vrac dégage naturellement un peu d’hydrogène sulfuré. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le soufre peut engendrer des effets liés à une exposition de courte durée. «La substance est irritante pour les yeux, la peau et le tractus respiratoire», précise l’organisation dans un document élaboré par ses experts internationaux pour l’Organisation Internationale du Travail.

À Mboro et Darou Khoudoss, le souffre déversé par les camions se présente à l’état solide avec une couleur jaune.

L’OMS précise la «possibilité d’explosion de poussières dans le cas de poudre ou de granulés mélangés à l’air», évoquant les dangers physiques du soufre. En ce qui concerne les dangers chimiques, le d’oxydes de soufre qui peut se former lors de la combustion est un gaz toxiques et corrosif qui «réagit violemment avec les oxydants puissants, surtout à l’état pulvérulent, pouvant générer un risque d’incendie et d’explosion».

L’inhalation de la poudre peut provoquer une inflammation du nez et du tractus respiratoire. 

Il y a aussi la toxicité par inhalation, ingestion ou contact cutané. Le soufre est transporté sous forme solide qui est variable selon les produits, parfois élevée, avec risque cancérigène pour certains d’entre eux.

Les habitants sont quotidiennement exposés à des risques.

Les risques d’incendie ou d’explosion sont réels car les matières présentes aux alentours sont inflammables. Le soufre n’est pas volatil, mais les poussières dispersées dans l’air peuvent former des mélanges explosifs et inflammables si elles sont exposées à une flamme ou à la chaleur. Des habitants interrogés ont confirmé qu’ils ont maintes fois assisté à l’explosion du soufre.

Marche organisée par la plateforme Mboro SOS pour demander la construction d’une voie de contournement pour les camions des ICS.

Mboro SOS, une plateforme citoyenne créée en 2017 pour dénoncer les problèmes locaux, tout en proposant des solutions a plusieurs fois signalé la présence du soufre sur les routes.

«Nous avons mené une enquête ici sur la route de Mboro. Elle a révélé que les légumes et autres produits de grande consommation sont exposés à la poussière du souffre jaune déversé par les camions des ICS», dit Ndiaga Ndiaye, membre de la plateforme Mboro SOS.

Les dirigeants des ICS rassurent.

En réponse aux nombreux dommages dûs au soufre, la direction des ICS indique avoir mis en place «un système d’alerte pour ramasser le soufre déversé sur la route de Dakar à l’usine de Mboro».

Pour Alassane Diallo, le directeur général des ICS, le soufre n’est «ni toxique ni nocif à l’état solide». Le patron de la société reconnaît le déversement d’une partie des chargements des camions mais explique qu’il constitue également «une énorme perte pour les ICS».

About Author

InfosCom

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *