Interview : Agriculture et extraction : l’impossible cohabitation
Les impacts environnementaux induits par l’extraction minière sont nombreux. Des agriculteurs interrogés évoquent une diminution de leurs rendements à cause des échappées de gaz et d’autres difficultés liées à l’accès à l’eau. Babacar Ndiaye, ingénieur agronome et expert en agrobusiness nous parle des conséquences de l’implantation d’une industrie dans une zone agricole.
Quels peuvent être les impacts de l’implantation des ICS dans les zones agricoles de Darou Khoudoss ?
Babacar Ndiaye : Il faut savoir que l’implantation d’une entreprise industrielle dans une zone agricole réduit considérablement les terrains agricoles attribués aux agriculteurs. Au Sénégal, le foncier est de sorte que les champs sont distincts des lieux d’habitations. Les familles habitent une zone et consacrent les autres espaces à l’agriculture. C’est cela qui se passe dans la zone des Niayes qui est encore une zone minière abritant plusieurs ressources dont le phosphate et le zircon. On assiste à une réduction considérable des espaces de culture.
La main-d’œuvre a également diminué pour des raisons économiques. Des jeunes qui sont qualifiés pour l’agriculture quittent les champs pour s’engager dans les entreprises extractives.
L’autre impact direct vient du fait que les entreprises d’exploitation comme l’ICS ne construisent pas des routes dédiées et bien goudronnées. Cette situation les amène à construire des terres battues en utilisant la latérite. Avec le vent qui déplace cette latérite, les champs environnants se trouvent impactés. C’est pourquoi on peut constater des champs qui se trouvent émaillés de rouge à cause de ce contact quasi permanent avec la latérite. Comme les plantes respirent à travers les feuilles, ce phénomène constitue une vraie menace.
Quels autres facteurs peuvent fragiliser l’agriculture venant des ICS ?
Babacar Ndiaye : En plus de ces dégâts qui ne sont pas profitables à l’agriculture et qui poussent souvent les propriétaires à déplacer leurs champs touchés par les latérites, il y a le problème lié à l’accès à l’eau.
Il y a des études qui montrent que la nappe phréatique de la zone des Niayes s’affaisse d’années en année. Il ne faut pas oublier que l’exploitation de la zone des Niayes date de très longtemps, depuis les colons. Nous avons continué l’exploitation en creusant surtout des forages pour presque tous les exploitants.
Cette situation impacte sur la nappe phréatique. En tout cas au niveau de la zone des Niayes il y a une surexploitation de la nappe.
Que peut-on faire pour limiter les dégâts des ICS sur l’agriculture ?
Babacar Ndiaye : L’exploitation d’une terre peut la rendre propice à l’agriculture puisque les sols cultivables ont besoin de micro et macro organismes pour être la fertilité requise.
Par contre si des hectares sont utilisés pour des exploitations industrielles, les zones cultivables vont être réduites. Et c’est le cas des ICS à Mboro et Darou Khoudoss
Pour limiter les dégâts des ICS sur l’agriculture à Mboro et Darou Khoudoss, c’est le même principe valable dans toutes les zones agricoles investies par des unités industrielles. Il est nécessaire de mieux structurer la gestion des ressources. Il est pertinent de veiller notamment aux conditions d’attribution des permis d’exploitation. Cela est de la responsabilité de l’État. Il faut aussi revoir les politiques environnementales des entreprises d’exploitation envers les communautés riveraines. Ces entreprises doivent également mieux s’impliquer dans le développement local. Si de telles mesures ne sont pas prises, les agriculteurs ne cesseront de se sentir frustrés à cause des manquements.





