6 May 2026

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Portrait : Babacar Ndiaye, une vie à côté des Industries Chimiques du Sénégal

Vêtu d’un pull-over par-dessus son t-shirt bleu, bientôt assombri par la poussière, un pantalon en coton usé, un bonnet semblable à celui d’un docker, des chaussures fermées dont la marque est difficile à discerner en raison de leur ancienneté, ce jeune agriculteur nous guide à travers les champs, où nous découvrirons davantage sur sa personnalité, en plus de ses traits physiques.

Babacar a un visage aux traits juvéniles, mais ses gestes montrent une certaine maturité. Il est âgé de 26 ans et est habitué à arpenter ce chemin qui le mène aux champs.

Né à Mboro, Babacar a été inscrit au daara de Koki en 2006 pour apprendre le saint Coran.  « J’avais 8 ans à l’époque », se rappelle-t-il.

Jusqu’en 2009, Il était à Koki. Il n’a pas fini l’intégralité du Coran, mais il est ramené à Mboro où il est inscrit à l’institut Al Azhar. Ce jeune de Mboro est resté là-bas jusqu’à l’obtention de son Bfem. Mais comme nombre des jeunes de sa localité, il a quitté l’école très tôt.

L’année où il devait passer son baccalauréat, il a abandonné ses études. « J’ai quitté l’école à cause d’une situation familiale difficile », explique-t-il.

Pour Babacar, il était inconcevable qu’il continue de dépendre de sa famille pour ses besoins les plus élémentaires. Il a donc décidé d’arrêter l’école pour se consacrer à l’agriculture et au travail en tant qu’ouvrier mécanicien dans un garage. « Lorsque j’étais encore élève, je me rendais à l’atelier pour apprendre la mécanique». C’est ce qui a facilité son intégration en tant que mécanicien.

Babacar, après l’école

C’est une décision qu’il justifie par « une situation familiale difficile ». Les quelques années qui ont suivi cet incident ne sont pas restées vaines pour ce jeune qui aime « les mouvements, les challenges et le travail ».

Il a fréquenté un mécanicien avec qui il a effectué plusieurs voyages à l’intérieur du pays. « J’ai été pendant deux à trois ans au service de mon patron », dit-il. Il a pu voyager avec lui à Velingara, ou encore à Diaobé.

Durant ces voyages de travail, il passait son temps dans les réparations de tracteurs ou autres machines utilisées pour l’agriculture. Ces nombreux déplacements étaient possibles car son patron avait des relations avec de grands agriculteurs qui lui confiaient des marchés dans leurs champs.

« Il m’arrivait de préparer le repas et le dîner », se souvient-il avec un grand enthousiasme. Ces aventures ont forgé Babacar, mais elles n’étaient pas toutes heureuses.

Une anecdote marquante ? Il se défoule comme s’il attendait cette question pour raconter sa mésaventure. C’était sa première fois à Thiès ville. Il avait des réparations avec son patron.

« J’entendais souvent dire que Thiès était dangereux, que les jeunes ne travaillaient pas et qu’ils volaient facilement », avance-t-il, comme pour nous donner un avant-goût de l’histoire.

«Je devais rejoindre mon patron à Diaobé et j’avais déjà payé le ticket à 12.000. Mais quand je suis sorti, les (jeunes) garçons avec qui je partageais la chambre ont pris tout l’argent de mon portefeuille. Ils m’ont laissé la minable pièce de 25 FCFA seulement », poursuit-il.

Maintenant, il est plus dans l’agriculture

L’agriculture, il est tombé dedans quand il était tout petit, et c’est notamment grâce aux champs familiaux, que son père a hérité. « Mon grand frère aussi était cultivateur, mais Dieu fait qu’il ne tirait pas beaucoup de bénéfice. Je suis le plus avantagé dans ce domaine vu que je m’en sors pas mal », dit-il.

Babacar et son père, le vieux Abdoulaye Ndiaye

L’influence familiale l’a conduit à se consacrer maintenant à l’agriculture. Mais, Babacar était presque certain de faire de l’agriculture son métier. Comme chaque enfant, il avait ses rêves. «Depuis tout petit , je rêvais de devenir agriculteur ou vendeur de pièces détachées», se souvient-il. Le voilà donc aujourd’hui, tiraillé entre l’agriculture et l’atelier.

Dans ces champs verdoyants qui s’étendent à perte de vue, les Ndiaye de la famille de Babacar ont divisé différentes parcelles où ils cultivent différents produits selon les saisons.

« On dit que nos champs s’étendent sur 1ha. Si j’ai les moyens, je compte le clôturer pour y développer aussi l’élevage », projette-t-il. Avec son père, ils cultivent le manioc, de l’oignon, et d’autres produits dans cette exploitation.

Dans son travail au champs, Babacar se heurte aux contraintes notamment liées à l’eau. Quand on parle de l’eau, il ne peut s’empêcher de penser à l’ICS. « Cela fait juste quelques jours, ICS a encore ouvert ces unités de production. Les substances qui sont sorties ont détruit toutes nos récoltes», se désole-t-il avant de nous désigner son téléphone, nous disant qu’il peut nous montrer les vidéos de leurs citrons pourris.

« Le manque d’eau et nos mauvaises récoltes sont dûes aux activités des ICS dans notre zone » se plaint-il. Il ajoute que «cela impacte durement sur leur culture ».

Quand on lui pose une question comme qu’est-ce qui doit être fait à ce niveau pour apporter des solutions, Babacar pense à ces jeunes camarades de la localité : « ICS doit recruter des jeunes de Mboro et leur payer de bons salaires. Ils doivent aussi arrêter leurs soufres qui polluent notre environnement», raisonne-t-il.

Bili, pour les intimes

Babacar compte dans son cercle d’amis des personnes de différentes catégories d’âge. Le temps passé avec lui montre combien il est ouvert aux autres, énergique pour les débats et les contradictions. Il s’est souvent arrêté pour saluer des vieux, taquiner des petits qui courent devant le ballon ou parler politique avec sa bande. Parmi ces amis, Mame Mor Diallo se présente comme quelqu’un « avec qui il passe le plus gros de son temps ».

« Bili, c’est un ami. Tout ce que je peux dire sur lui, c’est qu’il est un vrai travailleur. Moi-même c’est lui qui m’apprend ce que je connais dans les champs », témoigne Mame Mor.

Il nous apprend que Babacar n’a pas changé. Il est resté le même pendant tout ce temps, s’il n’a pas évolué positivement. « Son influence sur moi est grande. Par exemple, c’est grâce à lui si je suis assidu à la prière », ajoute le jeune élève de seconde au cours privés la lumière.

Devant le regard complice de Babacar qui vient interrompre notre échange, Mame Mor en a toujours plus sur le cœur concernant celui qu’il appelle affectueusement Bili : « je ne lui connais franchement pas de défauts remarquables. C’est un homme bien », juge-t-il.

Babacar, le journalier pour ICS

Allez-vous rejoindre les usines des ICS pour travailler en tant que mécanicien ?

«Je l’ai déjà fait durant les arrêts», répond-t-il. Les arrêts sont des périodes où ICS fait de grands nettoyages dans les unités de transformation dans l’industrie. Mais Babacar déplore les conditions de travail. « Nous sommes payés le plus souvent à 400 FCFA par heure de travail, et les conditions de sécurité ne sont pas réunies », avance-t-il.

Au fil de notre échange, le jeune agriculteur évoque les contraintes posées par la présence des ICS dans sa vie et ses activités avec beaucoup d’amertume. Souvent, on aperçoit les cordes de sa voix se concentrer, tellement il parle avec le cœur. Pour lui, la vie à Mboro « n’est pas aussi simple qu’on puisse l’imaginer ».

Babacar souhaite un jour se marier.  “J’y pense très souvent. Mais je ne compte sur personne pour ça. Je veux travailler et subvenir à mes besoins”, dit-il d’un air fougueux, la voix rauque.

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